Explication psychologique sur les agissements de certains moderateurs sur over blog ... ( c'est un cas classique qui est ici exposé pour illustrer les propos de ceux-ci, aucun rapprochement avec la shoah n'est à faire dans les propos de cette personne juste la methode utilisée ... les passages en rouge sont illustratoires ...
1)Le "cas " Eichmann
a) Qui est Eichmann ?
Eichmann est un lieutenant-colonel SS, "spécialiste de la question juive ". Il est chargé de l’expulsion des juifs du Reich entre 1938 et 1941 ; de 1941 à 1945, il organise la déportation des juifs d’Europe vers les camps de concentration. Il se dit lui-même "expert chargé des questions techniques de transport " (le transport dont il est question est bien entendu celui des Juifs dans les camps de concentration…).
Capturé à Buenos Aires par les services secrets israéliens en 1960, il est jugé à Jérusalem en 1961, puis condamné à mort.
En quoi nous interroge-t-il ? Il s’agit de savoir si Eichmann, pris ici comme "échantillon " de l’homme commettant le mal suprême, était conscient de faire le mal. Et, surtout, il s’agit de répondre à la question de savoir si Eichmann était un homme "normal ", ou bien un monstre. Ce sont les deux grandes questions que soulève, on l’a vu ci-dessus, notre problème initial. Comment Eichmann a-t-il pu en venir là ? C’est ce que cherche à savoir/ comprendre H. Arendt, dans son œuvre. Par là, Arendt reprend les interrogations classiques (et nous permettra sans doute de pouvoir répondre à notre problème).
b) Eichmann, un monstre : explication consensuelle
D’abord, il convient de préciser que l’explication qu’on a pu donner de sa conduite, lors de son procès, tombe dans l’alternative dénoncée par Kant, plus précisément, rejoint une des explications majeures de l’acte moralement mauvais : ainsi, le procureur l’a présenté comme une incarnation du démon :
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Script du film Un spécialiste
Le Procureur général Hausner : Mesdames, messieurs, Honorable Cour, devant vous se tient le destructeur d’un peuple, un ennemi du genre humain. Il est né homme, mais il a vécu comme un fauve dans la jungle. Il a commis des actes abominables. Des actes tels que celui qui les commet ne mérite plus d’être appelé homme. Car il est des actes qui sont au-delà du concevable, qui se situent de l’autre côté de la frontière qui sépare l’homme de l’animal. Et je demande à la cour de considérer qu’il a agi de son plein gré, avec enthousiasme, ardeur et passion, jusqu’au bout ! C’est pourquoi je vous demande de condamner cet homme à la mort.
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Par rapport à notre problème, celui de savoir si on peut vouloir le mal, on voit ici que oui, on peut vouloir le mal, mais que cela vous met au rang de bête, ou de monstre. Ie, celui qui veut le mal pour le mal, et qui est capable d’en jouir, est un "homme " inhumain. Cela rejoint donc la seconde hypothèse réfutée par Kant ci-dessus (celle d’une volonté absolument mauvaise/ diabolique).
Précisons que cette explication classique du cas Eichmann rencontre l’interprétation tout aussi classique de la "solution finale " : cet événement inédit a été sacralisé, sous le nom de "Shoah ", et déclaré inconcevable, indicible, bref, se dérobant par nature à toute compréhension.
Vouloir comprendre la Shoah c’est banaliser le mal, c’est un scandale. En effet, comprendre, c’est se mettre à la place de ce que l’on veut comprendre, et cela reviendrait à mettre en nous le mal que l’on cherche à comprendre.
2) Eichmann, un homme ordinaire : l’explication d’ H. Arendt
H. Arendt, un peu dans la lignée de Kant, se place en porte à faux par rapport à cette position communément défendue. En effet, comme Kant, elle soutient que Eichmann n’a pas été victime de mauvaises passions, et qu’il n’était pas non plus un "méchant ", un démon, un monstre, ou encore, un "être inhumain ", mais un homme ordinaire, "normal ", comme vous et moi. Elle nous dresse ainsi, tout au long de son ouvrage, le portrait d’un homme médiocre, caractérisé par l’absence de pensée (de réflexion) et par l’usage constant d’un langage stéréotypé, de clichés standardisés. Il était de plus un employé modèle, un bureaucrate méticuleux. Et c’est justement là que Arendt décèle la "source " des actes de Eichmann.
Il est un homme ordinaire victime d’un système … qui est à la base même du fonctionnement de notre société (la bureaucratie, la toute-puissance de l’Etat –malgré nos droits de l’homme…-, société de masse, où la production et l’efficacité priment sur l’individu, ravalé au rang de moyen).
Toutes ces caractéristiques de notre civilisation contribuent en effet à annihiler la conscience de l’homme, la conscience étant entendue à la fois comme principe de réflexion et comme principe de réflexion sur/ distinction entre le bien et le mal. Conformité au groupe, travail bien fait mais chacun dans son bureau, obéissance aux ordres à l’intérieur d’une hiérarchie (etc.) : selon Arendt, ce sont tous ces caractères qui ont pu faire que des hommes, et notamment Eichmann, ont commis l’irréparable.
Cf. cet extrait de l’ouvrage (op. cit., p. 97) de Ben Soussan, qui explicite bien ce que veut dire Arendt : " Le mode d’organisation de la société industrielle a envahi la société tout entière : vies fragmentées, tâches fragmentées, conscience fragmentée. Un lien étroit unit la rationalité technique à la schizophrénie sociale et morale des assassins. Eichmann, Stangl et les autres ont été des maillons d’une chaîne de meurtres, mais ils n’ont le plus souvent envisagé leur tâche que comme un problème purement technique. Cette compartimentation de l’action et la spécialisation bureaucratique fondent cette absence de sentiment de responsabilité qui caractérise tant d’assassins et leurs complices, elle suspend la conscience morale. "
Mais attention, Arendt ne les excuse pas, loin de ce qu’on a pu lui reprocher. En effet, elle leur reproche de n’avoir pas su pensé (d’avoir même, littéralement, arrêté de penser). C’est là le crime qui se trouve à l’origine du crime contre l’humanité. Comprendre cela, c’est selon elle permettre aux générations futures de ne pas refaire la même chose. Pensons ! Exerçons notre conscience ! Méfions-nous du groupe ! Voilà le message qu’a voulu nous donner H. Arendt.